Intégration économique : l'AES veut fluidifier les échanges entre ses trois pays
Intégration économique : l'AES veut fluidifier les échanges entre ses trois pays
30/09/2026
À Bamako, la 5ᵉ réunion des ministres en charge de l'Industrie et du Commerce de l'AES avec le secteur privé met la pression sur l'harmonisation réglementaire, la circulation des biens et la lutte contre la fraude.
Le 28 septembre 2026 à Bamako, le Premier ministre malien, le Général de division Abdoulaye Maïga, a présidé la 5ᵉ réunion des ministres en charge de l'Industrie et du Commerce de l'Alliance des États du Sahel (AES), élargie au secteur privé, en présence de ses homologues du Niger et du Burkina Faso. Autour du Chef du gouvernement ont pris part le ministre malien de l'Industrie et du Commerce Moussa Alassane Diallo, le ministre nigérien du Commerce Abdoulaye Seydou et le ministre burkinabè de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat, Serge Gnaniodem Poda.
Cette cinquième rencontre marque un nouveau test pour la crédibilité du projet de marché intégré AES, alors que les trois pays cherchent à traduire en mesures concrètes un agenda de souveraineté économique et de substitution progressive aux importations sur des segments clés (agro-industrie, matériaux de construction, biens de consommation courante).
Les travaux s'inscrivent dans la continuité du Plan d'actions prioritaires adopté lors d'une précédente réunion à Ouagadougou, structuré autour de six axes : développement industriel et compétitivité du secteur privé, amélioration du climat des affaires, facilitation et accroissement des échanges intra‑AES, normalisation et qualité des produits, lutte contre la fraude et la concurrence déloyale, ainsi que création d'une centrale d'achat.
Depuis la 2ᵉ réunion d'avril 2025 tenue à Ouagadougou, les ministres de l'Industrie et du Commerce ont positionné l'intégration des marchés et la fluidification des échanges comme leviers pour ancrer l'industrialisation dans l'espace AES, en insistant déjà sur la nécessité d'une approche concertée avec le secteur privé.
Un agenda orienté vers l'intégration industrielle et commerciale
Les autorités de l'AES présentent ce cadre de concertation avec les opérateurs économiques comme un instrument central pour renforcer l'économie régionale, rehausser le « Made in AES » et obtenir des débouchés élargis pour les productions locales au sein de l'alliance. À Bamako, l'accent est mis sur l'intégration des marchés, la fluidification des échanges et le renforcement de la production locale comme priorités immédiates de cette 5ᵉ réunion.
En amont de la rencontre ministérielle, une session spéciale à Bamako consacrée aux obstacles au commerce, à l'industrialisation et à l'investissement endogène dans l'AES a permis aux chambres de commerce, dont la CCI‑BF qui présidait les travaux, de dresser un inventaire des barrières réglementaires, logistiques et financières qui pénalisent les échanges et les projets industriels transfrontaliers.
La réunion composée des ministres Moussa Alassane Diallo, Abdoulaye Seydou et Serge Gnaniodem Poda s'inscrit aussi dans la continuité de la 4ᵉ rencontre tenue à Ouagadougou en juin 2026, au cours de laquelle les mêmes portefeuilles avaient examiné les obstacles aux échanges et les pistes de convergence réglementaire entre les trois États.
Le rôle croissant du Burkina Faso dans l'architecture AES
Dès avril 2025, Ouagadougou a accueilli la 2ᵉ rencontre des ministres Industrie‑Commerce et du secteur privé de l'AES, ouverte par le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, avec une feuille de route déjà centrée sur l'intensification des échanges commerciaux intra‑AES et la réduction des entraves administratives et sécuritaires au fret routier.
Au Conseil des ministres du 22 janvier 2026, le gouvernement burkinabè a, par ailleurs, fait un point d'étape sur l'engagement du pays dans des cadres similaires de coordination sectorielle, illustrant la place croissante de ces enceintes ministérielles dans la stratégie commerciale extérieure de Ouagadougou.
La présence active de la Chambre de commerce et d'industrie du Burkina Faso à Bamako, chargée de présider la session dédiée aux obstacles au commerce et à l'investissement, confirme la volonté des acteurs privés burkinabè de peser sur la définition des règles, notamment en matière de facilitation des échanges et de chaîne logistique dans le corridor reliant Ouagadougou aux grands centres de consommation de l'AES.
Un calendrier économique chargé et un test politique avec la CEDEAO
Lors de son intervention, Abdoulaye Maïga a rappelé que l'agenda économique sous‑régional pour l'année à venir et les négociations d'un nouvel accord‑cadre avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) exigent d'accélérer la mise en place d'un espace fortement intégré au sein de l'AES.
Le Chef du gouvernement malien a également proposé d'élargir les prochaines rencontres aux ministres chargés de l'Économie et des Finances, des Transports, de l'Agriculture et de la Sécurité, afin d'élaborer un chronogramme conjoint des réformes à conduire pour assurer la libre circulation des personnes et des marchandises dans l'espace.
Dans d'autres secteurs comme l'énergie et les mines, les ministres sectoriels de l'AES se sont déjà réunis en août 2026 à Ouagadougou pour aligner leurs politiques autour de la souveraineté sur les ressources et de la transformation locale, ce qui place la réunion Industrie‑Commerce de Bamako dans une séquence plus large de coordination économique.
La principale échéance désormais attendue est la formalisation, au niveau des chefs d'État de l'AES, des propositions issues de Bamako sur la facilitation des échanges, la centrale d'achat et le mandat de négociation face à la CEDEAO, une étape qui conditionnera la portée réelle des décisions prises par les ministres Industrie‑Commerce et leurs partenaires du secteur privé.
MP.