L'UE et l'Inde près de conclure un accord commercial
L'UE et l'Inde près de conclure un accord commercial
27/01/2026
L'UE et l'Inde s'apprêtent à conclure "l'accord mère" et un pacte de défense visant à éloigner l'Inde de ses liens politiques et militaires étroits avec la Russie.
Les dirigeants de l'Union européenne (UE) ont assisté lundi (26.01.26) au défilé militaire qui marque le Jour de la République en Inde, invités d'honneur du gouvernement de New Delhi avec lequel ils doivent conclure un ambitieux traité de libre-échange commercial.
En tribune, l'homme fort du pays le plus peuplé de la planète - 1,5 milliard d'habitants - était entouré du président du Conseil européen Antonio Costa et de son homologue de la Commission Ursula von der Leyen.
L'UE et l'Inde discutent depuis plus de 20 ans d'un traité de libre-échange commercial, dont la guerre des droits de douane imposés par le président américain Donald Trump a accéléré la conclusion.
Lors d'un sommet à haut risque qui se tiendra cette semaine à New Delhi, l'UE et l'Inde devraient finaliser cet accord de libre-échange et signer un nouveau partenariat en matière de sécurité et de défense, le troisième accord de ce type entre l'UE et un pays asiatique après le Japon et la Corée du Sud.
"L'UE et l'Inde se consulteront sur leurs initiatives respectives en matière de défense, notamment par le biais d'échanges sur des questions liées à l'industrie de la défense", selon un projet de document sur le partenariat en matière de sécurité et de défense consulté par l’agence de presse Reuters.
"Malgré les arguments avancés depuis longtemps en faveur d'un partenariat plus étroit, notamment la concurrence commune avec la Chine et les incitations commerciales pour les deux parties, ce sont l'invasion de l'Ukraine par la Russie et les droits de douane punitifs imposés par Trump qui ont donné un nouvel élan à cette relation", a déclaré Praveen Donthi, analyste senior à l'International Crisis Group basé à New Delhi.
L'UE et l'Inde tracent une voie ambitieuse
L’UE et l’Inde devraient conclure mardi (27.01) les négociations sur l'accord commercial qui créerait un marché de près de deux milliards de personnes représentant un quart du PIB mondial. Ursula von der Leyen et le Premier ministre indien Narendra Modi participeront également au premier forum commercial UE-Inde, aux côtés de plus d'une vingtaine de grands industriels des deux parties.
L'UE et l'Inde devraient également lancer un nouveau cadre de coopération en matière de mobilité de la main-d'œuvre. L'UE espère à travers cela attirer des travailleurs hautement qualifiés et saisonniers en provenance d'Inde. "Bien sûr, en fonction des besoins du marché du travail dans l'Union européenne", a déclaré un responsable de l'UE, sous couvert d'anonymat.
Quelles sont les attentes de l’UE et de l’Inde ?
"L'Europe souhaite faire des affaires avec les centres de croissance actuels et les puissances économiques de ce siècle », a déclaré mercredi (21.01) Ursula von der Leyen lors du Forum économique mondial de Davos, qualifiant l'accord commercial avec l'Inde « d’accord de tous les accords".
Selon les données de l'UE, l'Union européenne est le premier partenaire commercial de l'Inde ; les échanges de marchandises ont atteint une valeur de 120 milliards d'euros en 2024, soit 11,5 % du commerce total de l'Inde. D'ici 2030, l'Inde devrait devenir la troisième économie mondiale après la Chine et les Etats-Unis.
L'UE espère que l'Inde abandonnera ses droits de douane élevés sur les véhicules importés, qui dépassent actuellement 100 %, et stimulera l'industrie automobile européenne face à la concurrence chinoise. Et, à mesure que les Indiens gravissent les échelons de la mobilité économique, l'industrie européenne des alcools se tient prête à étancher leur soif de vins et spiritueux raffinés. Dans le cadre de l'accord commercial, l'Inde devrait supprimer ses droits de douane extrêmement élevés sur l'alcool, qui atteignent 150 % sur les vins importés.
L'année dernière, dans le cadre de son accord de libre-échange avec le Royaume-Uni, l'Inde a accepté de supprimer les droits de douane sur les voitures et l'alcool, mais de manière progressive, afin de réduire l'impact sur les fabricants nationaux.
De son côté, l'Inde a demandé des normes moins strictes pour ses exportations pharmaceutiques et le même accès en franchise de droits pour les textiles que celui accordé par l'UE à ses voisins asiatiques comme le Pakistan et le Bangladesh. New Delhi espère que cela compensera l'impact des droits de douane américains, qui ont été particulièrement préjudiciables au secteur indien de l'habillement.
L'Inde espère également envoyer davantage de professionnels dans l'UE pour y trouver des opportunités d'emploi et cherche à obtenir des engagements en matière de production conjointe dans le secteur de la défense.
Dans l'ensemble, l'Inde vise à augmenter ses exportations vers le bloc, qui ne représentent actuellement que 2,5 % des importations totales de l'UE, et à renforcer l'intégration de sa chaîne d'approvisionnement.
Quels sont les points de friction ?
Comme dans le cas du récent accord commercial entre l'UE et le Mercosur, l'agriculture est devenue une préoccupation majeure. Près de la moitié de la main-d'œuvre indienne est employée dans l'agriculture, et l'Inde craint que les produits agricoles européens ne remplacent les produits indiens et ne menacent les moyens de subsistance de millions de personnes. Cela a rendu New Delhi réticente à accorder à l'UE le type d'accès au marché qu'elle recherche.
Ce sujet est également très sensible sur le plan politique pour New Delhi. En 2021, lorsque des manifestations massives d'agriculteurs ont contraint le Premier ministre Narendra Modi à retirer une série de réformes agricoles, cela a été considéré comme un rare recul politique public pour ce dirigeant puissant.
Mais l'UE, secouée par les manifestations de ses propres agriculteurs contre l'accord avec le Mercosuren Amérique du Sud, subit une pression énorme pour trouver de nouveaux marchés pour les produits agricoles européens.
Bruxelles hésite également à accorder à certaines exportations agricoles indiennes un accès sans entrave aux marchés de l'UE. Le mois dernier, le bloc aurait décidé de limiter les importations de riz en provenance d'Inde et d'autres pays asiatiques afin de protéger les riziculteurs et les meuniers nationaux.
L'acier est un autre sujet de discorde majeur, d'autant plus que l'UE a doublé les droits de douane sur l'acier étranger en octobre et réduit de moitié le quota d'importations en franchise de droits. La hausse des droits de douane s'ajoute à une nouvelle taxe carbone qui rendra les exportations d'acier indien moins compétitives.
L'UE affirme que sa taxe carbone vise à réduire son empreinte carbone mondiale, mais des sources diplomatiques indiennes affirment que ces deux mesures sont protectionnistes.
Et pourtant, les deux parties s'accordent à dire que la seule solution est d'aller de l'avant.